Il ne viendrait l'idée à personne sauf quelques grincheux, de contester la notion d'état de droit.
L'état de droit c'est dans le mythe démocratique collectif, le contraire d'arbitraire et de pouvoir absolu. L'état de droit, c'est la victoire de l'écrit et de la raison sur le fantasque et le caprice .
En vérité, citoyens-consommateurs, ne vous a-t-on pas pris pour des billes ?
Arbitraire et pouvoir absolu ne sont réellement nuisibles que lorsqu'ils sont aux mains de souverains dévoyés.
On pourra dire ce que l'on voudra de l'Ancien Régime, mais la quasi totalité des rois qui ont gouverné la France avaient une très haute opinion de leur mission, de leur fonction qu'ils exerçaient dans la crainte de Dieu.
La justice ne pouvait être inéquitable ce que permettait l'absolutisme et l'arbitraire du Roi qui exerçait la décision en dernier recours en son âme et conscience.
J'entends déjà les quolibets : c'est une vision idéalisée de l'Ancien Régime qui comportait aussi sa part de bandits, de canailles etc.
Certes tout n'était pas parfait, loin de là mais il y avait au moins une différence fondamentale, celui qui commettait le mal faisait profil bas par crainte des représailles.
Voyons maintenant comment l'état de droit nous a fait entrer dans la "modernité".
L'état de droit c'est un système basé sur des lois le plus souvent écrites, dont généralement une fondamentale que l'on appelle "constitution".
Les lois sont censées prévoir toutes les situations de la vie et tout ce qui n'est pas défendu expressément par la loi est autorisé.
Quand l'Ancien Régime, en cas de problème nouveau se référait en ultime recours à la loi de Dieu : en gros à la notion de bien et de mal que chacun porte en soi , l'état de droit exige que le cas ait été envisagé auparavant.
Ce qui est intéressant dans l'état de droit c'est qu'il inclut en son sein sa propre référence éthique (la morale n'existe plus en état de droit) .
La conséquence, c'est qu'il n'existe plus de loi "éternelle", immuable. Tout peut changer en permanence, ce qui amène nécessairement à une certaine désagrégation de la société qui s'y réfère.
Tout peut changer, donc tout change, tout peut aussi être le contraire de tout.
Dans la plupart , voire dans la totalité des sociétés humaines, tuer autrui est condamnable . C'est une des clés de voute d'une société. Si chacun peut en toute impunité tuer autrui, il n'y a pas de société, c'est l'état sauvage, l'état de nature.
Naturellement la mort d'autrui reste autorisée dans certaines conditions, généralement les mêmes quelle que soit la société en question : la guerre et la punition des crimes. Ces morts contribuent à la solidité de l'édifice en éliminant les ennemis extérieurs et intérieurs, les forces qui veulent désagréger cette société.
L'état de droit , puisqu'il constitue sa propre référence a changé cela.
La mort en punition de crimes n'est presque plus appliquée, certains verraient bien des guerres sans l'autorisation de tuer.
Par contre la mort est autorisée pour l'enfant à naître dans le ventre de sa mère, le vieillard, le malade . En un mot les ultra-faibles mais porteurs de l'avenir et de l'histoire. Ainsi la société qui vit sous le règne de l'état de droit nie son passé et ne revendique aucun avenir.
La mort est également, sinon autorisée, du moins tolérée quand elle est donnée par un marginal de la société, quelqu'un qui pour diverses raisons se met en marge de la société en donnant la mort à ses contemporains qui par rapport à lui sont des faibles puisqu'on ne leur reconnait pas le droit ni de se défendre ni de se venger. Il y acquiert d'ailleurs une protection de sa vie pour tout le temps où il sera sous la protection de l'État (en prison, mais pas nécessairement). Il y a une certaine logique à cela puisque le tueur contribue à renforcer l'état de droit en participant indirectement à l'élaboration de lois supplémentaires. C'est la justification la plus évidente du système.
Je vous passe le culte de l'égalité en lieu et place de l'équité, la quête sans fin aux
"droits à", sans devoir quand les
"droits de" liés à des devoirs s'étiolent. Chaque
droit à est nécessairement universel et fini par se retourner contre le citoyen, donc contribue à l'affaiblissement de l'ensemble, tandis que les
droits de sont perçus comme des menaces par le système. Il est clair que leur mise sous le boisseau affaibli tout autant la société qui perd ainsi le ciment qui la faisait tenir debout : l'adhésion de ses membres à la société qu'ils composent.
Un tel système ne peut perdurer, il est clair qu'il va imploser sous le poids de ses propres contradictions. Surtout que la pression extérieure n'a pas cessé . Aujourd'hui l'immigration, demain pourquoi pas la menace militaire.
Les époques de décadence brillent souvent de mille feux. La notre laissera sans doute des regrets quand on aura oublié son côté obscur. J'ignore naturellement quels évènements conduiront à la chute de l'Occident. Mais une chose est sûre, à chaque fois qu'une civilisation sombre, c'est qu'elle a rencontré son pire ennemi, à savoir elle-même.